Aux confins des vestiges

À paraître, numéro 4 : septembre 2021

Pourquoi les « ruines les plus récentes » seraient-elles des signes de déclin d’un territoire ? Elles forgent plutôt le « miroir obscur » de ses anciennes richesses. L’admiration qu’on peut ressentir pour les ruines semble de manière bien conventionnelle réservée aux vestiges gallo-romains, aux abbayes abandonnées, à bien d’autres lieux considérés comme des sites patrimoniaux qui sont tantôt « maintenus en l’état », tantôt restaurés. Les ruines d’une forge, d’un moulin, d’un four ne sont-elles que les symboles d’une époque révolue, les traces d’un passé, destinées à être oubliées ? Partir des traces, des vestiges, et même des débris pour « lire un paysage » prédispose la mémoire et la perception à une véritable aventure. Au contraire, quand on regarde le donjon restauré d’un château féodal, dans un environnement dénudé pour garantir à l’œil sa visibilité, on est face à un véritable tableau reconstitué. Les « reliques des temps modernes » dont il faudra reconstituer le récit nous met d’abord en « état de perplexité ».

 

Ce qui advient dans un champ de vision est précédé par une cohorte de préjugés visuels, les lieux ont déjà des noms, les images sont déjà là... Ce qui est invisible est rendu visible par notre imagination : nous avons des mots pour désigner ce que nous ne voyons pas ou ce que nous croyons voir. Bien des effets de la vision, souvent assimilés à des illusions d’optique, viennent d’un « phénomène de paréidolie » qui nous incite à voir dans des formes naturelles, comme dans des nuages ou des concrétions rocheuses, des corps d’êtres humains ou d’animaux. C’est un tel phénomène de paréidolie qui donne à toute trace sur un territoire une fonction indicielle. Les « confins » annoncent une limite et en même temps, ils représentent l’vanescence de cette limite. Comment se manifeste au regard la puissance énigmatique des traces qui forgent les liens d’un territoire ?

 

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