CHACUN CHERCHE SON TRAIN

À paraître, numéro 3 : février 2021

Le train est-il une « machine à souvenirs » et un « lieu de rencontres inattendues » ? Au cinéma, comme dans la littérature, le train joue souvent le rôle de « décor actif », il paraît même « donner vie » aux personnages en créant des ambiances. Les scènes qui s’y passent ressemblent à des compositions théâtrales improvisées. Et dans la vie quotidienne, l’usage de l’omnibus, bien qu’il soit rare pour certains, peut être le temps du « train-train des pensées » comme celui des perspectives futures. Il s’agit bien d’un temps de réflexion, d’un « retour sur soi » animé par une cohorte d’interrogations et parfois même d’obsessions.    

 

Il suffit d’une perturbation — et les imprévus deviennent innombrables — pour que les quelques voyageurs « en rade » se mettent à échanger bien des propos sur leur existence quotidienne autant que sur le dysfonctionnement de la société dans laquelle ils vivent. Ainsi renaît le « lien social » dont la disparition est tant déplorée. C’est la panne qui lui redonne de la vitalité. Chacun a « ses » histoires avec le train comme si le rythme ferroviaire des déplacements ou des voyages plus lointains forgeait des bribes de récit de la vie. Quant à la vision du train qui entre en gare, quant à la fumée que la machine à vapeur lançait vers le ciel, pareilles images ne quittent pas notre mémoire… 

 

Le trajet du train, la ligne qu’il emprunte chaque jour retrace une configuration du territoire qui s’inscrit dans la mémoire d’un voyageur. Le quadrillage des régions opéré au milieu du XIXème siècle par l’extension incroyable du réseau ferré semble être resté présent dans l’inconscient collectif. Du coup, la métaphore ferroviaire provoque une rencontre hasardeuse et poétique entre l’imagination et la mémoire avec tous les regards portés sur les paysages qui défilent derrière les vitres, et qui se métamorphosent au fil du temps. Le clin d’œil fait au « monde extérieur » est souvent, sur les lignes régionales, un signe de reconnaissance des lieux. Depuis que les fenêtres ne se baissent plus, la vieille « interdiction de se pencher au-dehors » a perdu son sens, mais ce que nous invite à faire le train, à l’insu même de notre conscience, est d’unir les pensées du dedans aux images du dehors. 

 

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