L'AMOUR DES CONTRETEMPS

Numéro 2 : septembre 2020 – mars 2021

Il est fréquent de rêver au temps qui passe trop vite, à ce temps qui nous file entre les doigts, ce temps que nous voudrions retarder en lui gardant la couleur d’un « déjà passé ». Cette illusion de « suspendre » ou « d’accélérer » le temps nous tient à cœur car elle est bien là pour nous persuader que nous avons une emprise sur lui. Il nous est difficile d’accepter l’idée que « le temps est un vide ». En disant qu’un « jour est historique », un tel effet d’annonce nous donne l’illusion d’une prise de possession du temps. L’idée même d’histoire, dans la vie quotidienne, ne semble prendre sens que dans une relation de défi entre ce qui arrive — l’événement — et le sentiment de destin. Quel sens a la passion contemporaine de la restauration patrimoniale du passé ? La reconfiguration des paysages obéit à des modèles de plus en en plus identiques comme si notre regard devait se satisfaire de la négation même des métamorphoses naturelles. Face à la contingence du futur, la représentation la plus commune de la continuité temporelle puise sa légitimité dans la sauvegarde acharnée des « mémoires collectives ». Mais une grande crise de la mémoire s’annonce avec la maladie d’Alzheimer – l’ivresse du désœuvrement de la mémoire.

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© RENÉ MAJOR – © FRANÇOIS BARRÉ – © KARINE STEBLER – © JEAN-PAUL KAUFFMANN – © MASAHIRO OGINO – © SYLVIE GROUEFF – © MUNIZ SODRÉ – © ALEXIA VOLOT – © BENOÎT VINCENT – © ANTONIA MACHAYEKHI – © RAPHAËL KRAFFT – © ALICE CARABÉDIAN – © JEAN-LUC BOURRIOUX – © CATHERINE PRATBERNON – © MARIA CLAUDIA GALERA.

ISBN 979 1090 198 517

ISSN 2729-5915

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Sommaire

 

Figures du contretemps

René Major, psychanalyste, a créé en 1995, avec Jacques Derrida, la revue Contretemps. « Le contretemps serait-il comme la respiration adverse du temps qui court ? » Nous avons choisi de republier des extraits de son texte d’introduction. Plus tard, une autre revue, de critique communiste, intitulée aussi Contretemps a été fondée par le philosophe Daniel Bensaïd. Nous tentons, dans ce numéro de la revue Amplitudes, d’aborder la question du « contretemps » comme une brèche et une ouverture des questions existentielles, politiques et sociales, comme l’expression ambivalente des représentations du temps et de l’espace.

De l'élasticité du temps

(Alexia Volot)

Quand la communication flirte avec le contretemps

(Andrea Persoons)

Contre temps

(Benoît Vincent)

Temps de vie : mon quartier iranien

(Antonia Machayekhi)

Une pratique du contretemps

(Entretien avec Raphaël Krafft)

Éloge du temps mort

(Karine Stebler)

Les contretemps de la mémoire
Échange épistolaire

(Jean-Paul Kauffmann & Henri-Pierre Jeudy)

Outre mesure – 1995 –

(René Major)

Pas sauté, exécuté sur une jambe, l'autre restant levée

(François Barré)

 

La valse des contretemps

Qui aurait eu la naïveté de croire qu’une épidémie puisse être anachronique ? La croyance en l’efficacité imparable des dispositifs prophylactiques a pu justifier le contretemps produit par l’incrédulité collective. On n’était d’autant moins prêt à organiser la prémunition qu’on ne croyait pas en la propagation du virus. Contrairement à ce qu’on peut penser, l’incrédulité qui, au commencement, accompagnait la diffusion de la peur, a participé de plus en plus à l’organisation massive de la protection. Le fait de « ne pas y croire » est une autre manière « d’y croire ». Ce qui permet un certain usage politique des contretemps… lesquels deviennent des opportunités préparées.

Une élection à contretemps
Le scrutin municipal du 15 mars 2020

(Marc Abélès)

La force de l'indifférence
De la crise épidémique à l'affaire Carlos Ghosn

(Masahiro Ogino)

L'État au chevet des villes moyennes

(Sylvie Groueff)

Internet ou la disparition du contretemps

(Muniz Sodré)

Points de vue sur le temps présent

Il est plus fréquent de songer au temps qui passe trop vite, à ce temps qui nous file entre les doigts, ce temps que nous voudrions retarder en lui gardant la couleur d’un « déjà passé » que nous nous évertuons à idéaliser au moment présent de nos rêveries. Ce temps toujours trop court, porté par une «incandescence de l’instant» qui nous ravit, devient la griffe secrète de nos souvenirs, de ces images inoubliables qui reviennent au gré de nos mémoires débridées. Mais ce temps qui ne passe pas nous plonge aussi dans une étrange expectative : il peut prendre la figure d’une situation qui s’éternise alors que nous aimerions en finir. Il épouse alors le pouvoir d’une fatalité qui nous accable et qui nous incite à souhaiter une accélération du temps. Cette illusion de « suspendre » ou « d’accélérer » le temps nous tient à cœur, car elle est bien là pour nous persuader que nous avons une emprise sur lui. Il est difficile d’accepter l’idée que « le temps est un vide » sauf quand on vit un triste moment où l’on est acculé à l’occuper, – c’est-à-dire « à prendre sa place ». Revers de la médaille : le rêve « d’être maître du temps » ne se solde-t-il pas par l’ennui ?

 
 

Officine des alternatives

“Modes de vie”

Si, pendant et « après » la pandémie, les mesures prises, pour éviter une gigantesque faillite économique, peuvent réussir à conjurer la catastrophe, les aspirations à des changements de mode de gestion de la vie sociale et de l’environnement révèlent combien est profonde l’attente des alternatives. De la manifestation si ostensible des solidarités naîtra-t-il une véritable entreprise de restructuration des services publics ? En somme, le virus va-t-il induire ce que les révoltes des mouvements sociaux ont échoué à produire ? Mais la « grande peur » une fois conjurée peut aussi se faire oublier et « tout pourrait bien redevenir comme avant ». Comment la situation de confinement a-t-elle provoqué un « imaginaire des alternatives » ?

Les mondes nouveaux doivent être vécus avant d'être expliqués

(Marie Cuillerai)

Le ravissement de 101-V-Z0048

(Alice Carabédian)

 

On ne peut plus considérer que la transmission des savoir-faire s’accomplisse dans un ordre continu de succession. Elle ne cesse de subir des contretemps dans l’effectuation même des modes de gestion des territoires. L’impératif de rentabilité impose souvent au regard des acteurs dans la plupart des secteurs d’activité une destruction de certains savoir-faire. Cette rubrique est consacrée au « monde des forestiers » qui a subi en quelques décennies de sérieuses métamorphoses. En ces temps où la montée en puissance de l’écologie rétablit le sens des relations entre humains et non humains, l’arbre semble être appelé à reprendre une place symbolique singulière dans la vie quotidienne. « Se soigner avec les arbres » devient une pratique thérapeutique qui répond à des réflexions récentes concernant la vie peu visible des écosystèmes. Les nouvelles relations contemporaines et futures que nous sommes amenés à avoir avec la nature sont-elles fondées sur une négation radicale de l’anthropocentrisme ? En ce sens, un savoir-faire ne peut plus être « le propre » exclusif de l’humain, il est le résultat interactif d’un ensemble de relations. Nous assisterons logiquement dans les temps à venir à une éclosion de savoir-faire, laquelle fera réapparaître sous des formes innovantes des savoir-faire occultés, voire oubliés.
Cette rubrique tente de mettre en relation de miroir le « récit de vie » d’un forestier avec des considérations sur une exposition parisienne de la Fondation Cartier « Nous les arbres » 2019.

Entretien avec Jean-Luc Bourrioux

(garde-forestier à Blinfey, Haute-Marne)

Entretien avec Bernard Kalaora

(à propos de l'exposition « Nous les arbres »)

Utopie des savoir-faire

“Entre tradition et modernité”

 

Cette rubrique est composée de « portraits » ou « d’auto-portraits ». Pandémie oblige, nous avons demandé à une infirmière de Joinville en Haute-Marne de « faire son propre portrait ». Celle-ci exerce le métier d’infirmière depuis une quarantaine d’années. En évoquant ses souvenirs, elle raconte comment on a tenté de la dissuader d’un tel choix professionnel, en la poussant plutôt vers des études en médecine, mieux rémunérées et plus réputées. Ayant pour origine la figure des sœurs, filles de charité, l’image des infirmières reste dominée par des stéréotypes tenaces. Des mots comme « dévouement », « vocation » ou « bienveillance » sont facilement associés au personnel soignant que l’on évoque souvent, non par hasard, avec le mot « infirmière » au féminin.

Galerie des portraits

Une infirmière de Joinville

(Catherine Pratbernon)

 

Chroniques de la Rambleur

“Pandémie et confinement”

La Rambleur

Afin de transmettre à un public varié la technique de la chronique, de promouvoir le faire-ensemble par la pratique de l’écriture en stimulant la mixité sociale et de mobiliser les attentions des citoyens autour de leur ville et leur territoire dans leurs spécificités historiques, architecturales, patrimoniales et naturelles, des rencontres autour de la chronique se feraient régulièrement à la « Rambleur », à Joinville en Haute-Marne au siège de la revue AMPLITUDES.

Quel avenir pour les petites villes dans le milieu rural ? Comment « ceux qui restent » vivent-ils le phénomène de la désertification ? Gratuité de transports, ouverture des commerces les dimanches, dynamisation de la vie culturelle ne sont que quelques stratégies parmi tant d’autres déployées par les habitants et les élus des petites communes afin de résister à la disparition des derniers commerces en centre-ville.

Dans cette rubrique, des citoyens et des élus apporteront leur touche dans la construction collective des tableaux de la vie contemporaine dans ces villes qui se battent pour renaître.

L'écriture au temps du COVID

(Maria Claudia Galera)

Tel un mythe, le virus…

(Maria Claudia Galera)

Poème de Joël Hauer

Poème : Semita Vitæ

(Paolo Bernasconi)

À propos de l'espace sidéral

(Mirella Paula Galera)

 

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