Fabuler l'invisible

Julie Beauté, Mathias Rollot

 

LE PARTI PRIS DE L’INVISIBLE : UNE ÉCOLOGIE DE LA NON-DISPONIBILITÉ

Suivre les traces invisibles propulse dans une lecture du paysage, dans une course-poursuite entre le visible et le caché au cours de laquelle les milieux se révèlent[1]. C’est là prendre le parti de l’invisible, dont l’enjeu est celui d’une attention aux réseaux d’influences parfois indiscernables qui structurent le monde vivant, autant que celui d’une lecture paysagère qui évite la collection d’étiquettes figées et enfermantes [2].

 
 
 
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Julie Beauté, Géorgie, Tskaltubo



La crise sanitaire actuelle rend particulièrement tangible cette puissance de l’imperceptible qui, tôt ou tard, se rappelle à nous : faire-avec l’invisible apparaît désormais comme une tâche inévitable. L’invisible, sous toutes ses formes [3], nous oblige : éthiquement et pratiquement parlant, il nous contraint, nous conditionne et nous engage à la fois. Il en appelle à notre responsabilité, c’est-à-dire à notre capacité à répondre de [4]. Comment, notamment, répondre de et répondre à tous ces bouleversements écologiques, climatiques, sociaux et politiques, en grande partie invisibles – quoique tangibles ? Comment toutefois travailler avec ce qui échappe aux regards pour penser et concevoir nos territoires et les modalités d’enchevêtrements qu’ils permettent ? La représentation et l’expression de l’invisible et de l’incertitude sont justement aujourd’hui une question à laquelle se heurtent bon nombre d’agences d’architecture, d’urbanisme et de paysages.
 

Ces interrogations rejoignent pleinement la problématique formulée par l’Inspecteur général de l’agriculture Bernard Chevassus-au-Louis en 2013 :
 

« Comme disait l’évolutionniste américain Stephen Jay Gould : “On croit voir le chien, on n’en voit que la queue”, c’est-à-dire une petite partie qui n’est pas du tout informative de ce qu’est l’ensemble. De même que pour un arbre, la partie la plus importante et la plus abondante est ce qu’il y a sous le sol, de même qu’un champignon qui pousse dans une forêt n’est que l’expression très transitoire de tout un réseau mycélien qui peut faire des centaines de tonnes. Ce que l’on voit n’est qu’une partie très partielle et biaisée du vivant, c’est une idée fondamentale qu’il faut s’approprier. […] Dans les années 1970, on pouvait penser avoir réalisé 70, voire 80 % de l’inventaire du vivant alors qu’aujourd’hui, on en est à 10 % tout au plus. On va ainsi devoir gérer quelque chose qui restera en grande partie méconnu et peu ou pas visible. »[5]
 

Tout se passe comme si la compétence globale à appréhender le vivant diminuait paradoxalement à mesure de l’accroissement de nos savoirs experts. Plus nous avançons dans la compréhension du vivant, plus nous réalisons l’impossibilité d’une cartographie exhaustive, d’un inventaire complet, d’une mise en théorie totale de la biosphère. Parallèlement à cette prise de conscience de la complexité et de l’équivocité du vivant, de ses phénomènes d’habitations et de ses dynamiques de régulation, progresse depuis quelques décennies un deuxième mouvement de contestation, en provenance lui aussi des mondes scientifiques. Un peu partout sur le globe, les milieux de la recherche semblent s’accorder sur ce fait que leur position influe sur leurs objets et conclusions de recherche[6] ; que les sciences ne peuvent plus isoler pour étudier et définir un sujet[7] ; qu’elles ne proposent qu’une modalité de connaissance du réel parmi bien d’autres [8] ; ou encore que l’incertitude est désormais une composante incontournable des entreprises de construction du savoir [9].
 

Nous voilà ainsi en 2021, entre nécessité de prise en compte de l’invisible d’une part et reconnaissance croissante des incapacités multiples de la science à nous révéler ces invisibilités d’autre part. C’est ce contexte qu’il convient de rappeler à l’heure où les politiques publiques, les associations conservatrices et autres communautés d’intérêts économiques ou politiques nous invitent à considérer nos territoires comme des sommes cartographiables de ressources exploitables bien visibles et référencées. Cette vision ingénierique et planificatrice lisse les aspérités du terrain[10] et s’appuie sur une écologie des étiquettes et des épinglements où les êtres sont toujours considérés comme disponibles – disponibles à être vus et analysés, mais aussi bien souvent à être exploités. Mais par-delà cette somme d’éléments visibles, manipulables et utilisables, qu’est-ce donc qu’un paysage ? Quelles dynamiques inaccessibles, quels tissus vivants insoupçonnés, quels processus d’habitations infraliminaires ou supraliminaires[11], et quelles forces invisibles en composent l’enchevêtrement fondamental ?
 

Vouloir mettre en lumière ces parts indisponibles qui échappent nécessairement à l’inventaire, c’est en appeler à une destitution de la volonté de maîtrise et de patrimonialisation des territoires[12]. Dire l’impossible recensement de ce qui est constitutif de nos lieux et milieux permet de résister non seulement à l’hégémonie de la gestion et de la mesure, mais aussi aux stéréotypes réducteurs des singularités locales, pour au contraire lutter contre leur transformation en mines patrimoniales ou en page blanche attendant un projet. L’enjeu est alors de laisser entrevoir, pour mieux les prendre en compte, les traces indisponibles qui échappent au regard univoque, anthropo-centré et euro-centré, afin de proposer une lecture renouvelée du paysage.


 

FABULATIONS : IMAGES, CARTES, SONS ET NOMS DES INVISIBLES

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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La fabulation apparaît dans ce cadre comme un moyen stimulant pour rendre compte de la part invisible et indisponible des paysages. Cette voie fabulative s’inscrit précisément dans une démarche qu’on pourra dire de science-fiction [13] qui propose d’entremêler l’empirique et le spéculatif au sein d’un même mouvement heuristique. L’objectif est, à partir de là, de montrer que fabuler l’invisible rend possible des inventaires paysagers des indisponibles et d’appuyer cette thèse à partir de quatre pistes : les images, les cartes, les sons et les noms.

Médiatiser les plantes avec Teresa Castro

Ce sont les images – et notamment celles du cinéma – qui apparaissent comme une première voie vers un inventaire des indisponibles : elles proposent en effet de multiples modalités susceptibles de mettre en récit ce qui reste inaccessible à nos sens. Dans cette perspective, la chercheuse Teresa Castro argumente en faveur du rôle central des images et des films dans la prise de conscience de l’agentivité des plantes [14]. Parce qu’elles sont toujours construites, les images étendent l’éventail de nos sens, rendant perceptibles à notre vue des individus ou des phénomènes que nous pensions invisibles. Elles négocient avec l’imaginaire en faveur d’une transition des plantes, du statut d’objet vers celui de sujet intentionnel, introduisant des fissures dans le récit occidental sur les identités humaines et autres qu’humaines. Voir les mouvements des plantes, grâce à la cinématographie en accéléré, rend possible la réconciliation de temporalités dissonantes : en rendant visibles d’autres rythmes de vie et notamment végétale, le film – par la médiation de la caméra – permet aux spectateur·rice·s de s’ouvrir à des subjectivités autres qu’humaines et de re-calibrer leurs perspectives anthropocentriques. Les plantes médiatisées autant que la médiation des machines ouvrent la voie à un anthropomorphisme critique et créatif [15], capable d’appréhender la diversité et l’altérité du vivant. Le cinéma apparaît ainsi comme un cadre étonnement généreux pour fabuler les autres qu’humains.

Cartes : enquêter en mouvement avec l’Atlas Féral

Une autre piste de fabulation est esquissée par le Feral Atlas. The More-Than-Human Anthropocene[16]. Mobilisant à la fois les sciences, les humanités et les arts, cet atlas en ligne propose de comprendre quelques-unes des dynamiques férales aujourd’hui à l’œuvre. Aux entrées multiples, il entremêle de nombreux formats pour mettre en lumière des mondes écologiques créés par des entités non-humaines s’enchevêtrant avec des projets humains. Ce faisant, il élabore une méthode cartographique qui refuse toute forme de carte globale, c’est-à-dire toute carte qui entretiendrait l’illusion de donner des descriptions objectives ou des réponses exhaustives. Au contraire, les autrices soulignent qu’il existe de nombreuses façons de voir un même lieu et que des échelles spatiales, des angles et des modes de représentation différents sont nécessaires. L’Atlas s’appuie ainsi sur des cartes des flux (flow maps), qui ont pour but de décrire non pas des grilles d’espace à conquérir ou exploiter, mais au contraire les blocages, les agitations, les transformations, les processus et les enchevêtrements des mondes en formation active. Il invite à lire les cartes et entre les cartes, à les mettre en relation dynamique les unes avec les autres, et à reconnaître comment, dans le processus de leur lecture et de leur création, elles orientent les attentions et déplacent les paysages pour donner à en voir d’autres aspects, d’autres chemins à parcourir – ou du moins à imaginer. Les cartes se présentent alors comme des formes sensuelles d’accès à la connaissance : « elles rendent habilement compte du terrain tout en servant de guide pour des avenirs qui risquent toujours implicitement de dévier de leur trajectoire ou de s’effondrer […]. C’est dans cette tension implicite, entre le connu et l’inconnu, le champ et le hors-champ, que les cartes revendiquent leur caractère particulier et plus qu’empirique. Elles sont des dispositifs d’orientation » [17]. Cet inventaire des indisponibles, rendu possible par les cartes des flux, offre des outils pour rendre notre époque plus sensible et palpable. Elle étire nos sens pour englober d’autres récits et encourage des orientations collectives.

Sons : changer de sens avec Jana Winderen

Jana Winderen est une artiste norvégienne dont la pratique accorde une attention particulière aux environnements sonores et aux créatures difficilement accessibles à l’être humain, tant physiquement qu’auditivement – sous l’eau, dans la glace, ou dans des gammes de fréquences inaudibles pour l’oreille humaine [18]. Pour réaliser le projet Rats – Secret Soundscape of the City, elle a enregistré les ultrasons émis par les rats du quartier de l’Opéra d’Oslo, à la recherche de leurs chants d’amours, qu’elle a ralentis pour les ramener au niveau de l’oreille humaine. Elle a ensuite retransmis ce paysage ultrasonique au moyen d’une installation sonore spatialisée. Cette œuvre permettait ainsi au public d’entendre un mélange de sons provenant de différentes présences en ville – avec les bruits de l’eau et des voitures, la rumeur urbaine et, surtout, ces chants de rats – répondant par là, de manière artistique, à la nécessité de prêter attention à différentes formes d’existence. Non seulement l’artiste, mue par une curiosité scientifique, cherche à comprendre les comportements d’une société animale généralement qualifiée de nuisible, mais elle permet en outre aux habitant·e·s humain·e·s de faire l’expérience de la rencontre avec cette présence animale d’ordinaire invisible et inaudible, quoique grouillante de vie dans tous les égouts de la ville. Cette manière de fabuler les présences indisponibles, n’est pas une diplomatie avec l’animal, pas plus qu’elle ne passe par la position d’un·e porte-parole représentant·e. Plus près des aspérités du réel, Jana Winderen tend l’oreille et amplifie – ou plutôt ralentit – les sons des vivants à l’aide d’outils technologiques, pour proposer un paysage secret polyphonique de la ville, un inventaire partiel, mais inédit et poétique des vies urbaines insoupçonnées.

 

Noms : raconter des histoires avec Val Plumwood

Si la philosophe écoféministe australienne Val Plumwood rend tangibles les présences indisponibles et l’invisibilité latente des paysages, c’est aux moyens d’appellations et d’histoires [19]. Dans son travail, elle s’oppose aux conquêtes colonisatrices qui appauvrissent la biodiversité et la culture de la terre australienne et qui réduisent les lieux à des surfaces neutres, perçus par une vision insensible qui bloque la rencontre avec les vivants. Un premier pas pour engager la décolonisation du rapport au territoire est, pour Plumwood, l’acte de nommer ou de renommer, de manière soucieuse, attentive et interactive. Renommer revient pour elle à chercher l’esprit du lieu auprès de et avec les êtres, humains et autres qu’humains : il s’agit de redonner à la terre ses aspérités et son opacité, tout autant que de recevoir une connaissance venant d’autrui et d’ailleurs. La philosophe appelle ce processus la « dénomination profonde » (deep naming), méthode liant les savoirs botaniques, empiriques, pratiques et philosophiques de la région, par le biais de propositions de noms connectés à des récits, capables de donner sens et voix à la terre et aux vivants. Fabuler l’invisible revient donc ici à générer des noms dialogiques qui témoignent d’une relation signifiante aux existences indisponibles. Ce paradigme communicatif repose sur des méthodes narratives : à partir des structures aborigènes de dénomination et de narration, chercher et raconter les histoires du paysage permet d’en élaborer une connaissance non pas large et exhaustive, mais intensive et partagée. Le choix du récit privilégie un mode de pensée sensible qui ne coupe pas les idées de leur milieu. Un inventaire des indisponibles émerge, faisant place à une multiplicité de sujets narratifs, sur une terre parlante, participante, pleine d’histoires et de voix visibles et invisibles – un paysage fabulé.

INVISIBILITÉS ET ÉCOLOGIES DE LA SENSIBILITÉ

 
 
 
 
 
 
 
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Ces quatre cas pourraient être rapprochés des courants dits de l’écologie du sensible[20], qui prônent notamment un rétablissement du contact et de la proximité entre l’humain et le non-humain[21]. Quoiqu’en effet cette approche par la sensibilité soit parfois accusée de dépolitiser les questions environnementales tout en étant « le vecteur d’aucune transformation politique réelle » [22], elle rejoint toutefois un impératif éthique voire cosmologique plus large, lié à notre condition anthropocénique elle-même : celui d’une connaissance des milieux dans toute leur singularité et leur altérité. Comment en effet prendre soin de ce qu’on ne comprend pas, de ce qu’on ne connaît pas, de ce qu’on ne ressent même pas ? L’écologue Audrey Muratet propose de considérer à cet égard que « dans les métropoles les plus denses, les citadins vivent dans un état extrême de pauvreté écologique. Leur accès limité à la nature réduit leurs chances d’interagir avec elle, donc leur savoir. Moins conscients de leur environnement naturel, ils sont atteints de cécité écologique. Ils se désintéressent de sa préservation. La connaissance théorique et virtuelle de la nature ne peut remplacer l’expérience sensible de son contact. La crise de la biodiversité est aussi une crise de l’expérience. La nature est déterminante en ville pour que nul n’en perde le contact et n’oublie le lien qui nous unit »[23]. C’est aussi cette proximité nourricière pour le corps et l’esprit, pour l’imaginaire commun et pour l’éthique que défendent aussi les mouvements bio-régionalistes qui, depuis plus d’une cinquantaine d’années, œuvrent concrètement et luttent sur les terrains de tous les continents en faveur de l’émergence de contre-cultures situées, mieux conscientes de leurs milieux et des moyens d’y coexister durablement et équitablement [24]. Ce sont donc tous ces faisceaux de mouvances nature-culturelles[25] qui sont impactés par l’enjeu d’une rencontre avec l’invisible, l’imperceptible, l’indisponible.

Il est donc au fond question des conditions de possibilités de survie d’un monde invisible, mais vulnérable, comme l’évoquait déjà Hans Jonas dans son Principe responsabilité. Annonçant l’obsolescence des principes d’immédiateté, de visibilité et de portée limitée de l’agir sur lesquels se basait toute l’éthique des vertus antique, le philosophe écrivait : « Et si le nouveau type de l’agir humain voulait dire qu’il faut prendre en considération davantage que le seul intérêt « de l’homme » – que notre devoir s’étend plus loin et que la limitation anthropocentrique de toute éthique du passé ne vaut plus ? (…) Un appel muet qu’on préserve son intégrité semble émaner de la plénitude du monde de la vie, là où elle est menacée. (…) Nous devrions rester ouverts à l’idée que les sciences de la nature ne livrent pas toute la vérité au sujet de la nature. »[26]

 

Notes

[1] Bailly Jean-Christophe, Le parti pris des animaux, Paris, Christian Bourgois Éditeur, 2013.

[2] Ce que Baptiste Morizot nomme « pistage ». Voir Morizot Baptiste, Sur la piste animale, Arles, Actes Sud, 2018, p. 96.

[3] On peut distinguer au moins deux types d’invisibilité : une invisibilité locale et « présentielle » d’une part, et une invisibilité globale et « fonctionnelle » d’autre part. L’invisibilité présentielle renvoie au mode d’apparaître de certaines existences humaines et non-humaines. Elle est animale, végétale, mais aussi fongique, virale et bactérienne, ou même encore spectrale. À une autre échelle, l’invisibilité fonctionnelle renvoie quant à elle à certains mécanismes systémiques, énergétiques, fonctionnels dont la matérialité échappe souvent à l’attention perceptive.

[4] Haraway Donna J., Vivre avec le trouble, s.l., Mondes à faire, 2020.

[5] Chevassus-au-Louis Bernard, « Penser la biodiversité. Un entretien avec Bernard Chevassus-au-Louis », dans Bradel Vincent (dir.), Urbanités et biodiversité, Publication de l’Université de Saint-Étienne, 2014, pp. 33-41.

[6] Ce qui n’est pas rappeler uniquement ce que des disciplines telles que la physique discutent de longue date, à savoir que la mesure pourrait perturber le système mesuré ; mais ce qui, plus profondément, donne des accents politiques et éthiques nouveaux à la question même de la Science comme corps social, avec ses origines, ses visées, ses méthodes et ses propres systèmes de domination intriqués. Voir les nombreux travaux écoféministes sur le sujet, dont notamment Donna Haraway, Val Plumwood ou encore Carolyn Merchant.

[7] Stengers Isabelle, Résister au désastre, Marseille, Wildproject, 2019, p. 49 ; Didi Hubermann Georgen, Phalènes, essais sur l’apparition, 2, Les Éditions de Minuit, 2013, p. 7-15.

[8] Schaeffer Marin, Rollot Mathias, Qu’est-ce qu’une biorégion ?, Wildproject, 2021, pp. 32-36.

[9] Bird Rose Deborah, Robin Libby, Vers des humanités écologiques, Wildproject, 2019, p. 13.

[10] Vidalou Jean-Baptiste, Être forêts. Habiter des territoires en lutte, Zones, 2017.

[11] Anders Günther, L’obsolescence de l’homme. Sur l’âme à l’époque de la deuxième révolution industrielle, Encyclopédie des nuisances / Ivrea, 2002.

[12] Volonté de patrimonialisation aujourd’hui colorées de discours écologistes bienveillants. Voir notamment Poli Daniela, Formes et figures du projet local. La patrimonialisation contemporaine des territoires, Eterotopia, 2018. Pour une critique de la patrimonialisation, voir Jeudy Henri-Pierre, La machine patrimoniale, Circé, 2001.

[13] Au sens harawayen de SF, c’est-à-dire de science fiction, de fait scientifique et de fabulation spéculative. Voir Haraway Donna J., Vivre avec le trouble, s.l., Mondes à faire, 2020.

[14] Castro Teresa, « The Mediated Plant », in E-flux journal, #102, septembre 2019. Nous remercions la chercheuse et documentariste Alice Rosenthal pour nous avoir généreusement partagé cette référence.

[15] Teresa Castro invite en effet à distinguer l’anthropocentrisme et l’anthropomorphisme. Pour elle, l’idée qu’un anthropomorphisme critique et créatif pourrait peut-être bien être non seulement possible, mais aussi désirable, afin de se rendre sensible aux existences autres qu’humaines. Le cinéma apparaît ainsi comme emblématique de ce geste heuristique.

[16] Conçu par Anna L. Tsing, Jennifer Deger, Alder Keleman Saxena et Feifei Zhou, le Feral Atlas est un projet stimulant et peu conventionnel, porté par des femmes, en collaboration avec des artistes, ainsi qu’avec plus d’une centaine de chercheur·euse·s. Voir Tsing Anna Lowenhaupt, Deger Jennifer, Keleman Saxena Alder, et al., Feral Atlas. The More-Than-Human Anthropocene, Standford, Standford University Press, 2021.

[17] « Maps are always more than simply spatial representations. They offer signposts for those concerned with the unknown: offering deft renderings of terrain while also serving as guides for futures that are always implicitly in danger of going off track, or otherwise coming asunder. Here be dragons and here lies the safety of the known. It is in this implicit tension, between the known and the unknown, the charted and the off-the-charts, that maps claim their special, more-than-empirical appeal. They are orientating devices. » [TDA] https://feralatlas.supdigital.org/index?text=jennifer-deger-you-are-here&ttype=essay&cd=true.

[18] Ses activités comprennent des installations audio spatiales et spécifiques à un site ainsi que des concerts, qui ont été exposés et joués à l’échelle internationale dans de grandes institutions et des espaces publics. Voir son site :  www.janawinderen.com. Nous remercions la chercheuse en histoire de l’art Mylène Palluel pour nous avoir présenté cette artiste.

[19] Plumwood Val, « Decolonising relationships with nature », in Philosophy Activism Nature, vol. 2, 2002, p. 730. Pour un commentaire de Plumwood, voir Beauté Julie, « De la critique des dualismes de Val Plumwood aux histoires subalternes enchevêtrées », dans Diacronie. Studi di Storia Contemporanea : « Can the Subaltern Speak » attraverso l’ambiente?, no 44, vol. 4, 29 décembre 2020.

[20] Voir notamment Tassin Jacques, Pour une écologie du sensible, Paris, Odile Jacob, 2020.

[21] C’est une idée qu’on pourra elle aussi qualifier « d’humaniste » si on s’en réfère à des approches biophiliques telles que celle du biologiste Edward O. Wilson affirmant que « nous sommes suprêmement humains à cause de la manière dont nous nous affilions aux autres organismes vivants » (voir Wilson Edward O., Biophilia, Paris, Corti, 2012, p. 181) ou celle de l’anthropologue Pat Shipman posant l’hypothèse analogue d’une « connexion animale » fondatrice de l’humanité (voir Shipman Pat, The Animal Connection – A New Perspective on What Makes Us Human, W. W. Norton & Company, 2011).

[22] Barbier Sorba Jeanne, « Éloge à l’étrangeté radicale de la nature. Hicham-Stéphane Afeissa : “L’approche par la sensibilité n’a jamais été le vecteur d’une transformation politique” », Socialter, 1er mars 2021.

[23] Muratet Audrey, Chiron François, Manuel d’écologie urbaine, Les presses du réel, 2019, p. 12.

[24] Sale Kirkpatrick, L’art d’habiter la Terre. La vision biorégionale, Marseille, Wildproject, 2020 ; Rollot Mathias, Schaffner Marin, Qu’est-ce qu’une biorégion ?, Marseille, Wildproject, 2021.

[25] Haraway Donna J., Manifeste des espèces compagnes, Climats, 2019.

[26] Jonas Hans, Le Principe responsabilité. Une éthique pour la civilisation technologique, Paris, Flammarion, 1990, pp. 34-35.